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mardi 2 novembre 2010

Citation du Dalai Lama --- distinction éthique / spirituel (acte)

Ethics for the new Millennium

Ch. 4 Redefining the Goal (pp. 49 à 62)

There is thus an important distinction to be made between what we might call ethical and spiritual acts. An ethical act is on where we refrain from causing harm to others' experience or expectation of happiness. Spiritual acts we can describe in terms of those qualities mentioned earlier of love, compassion, patience, forgiveness, humility, tolerance, and so on which presume some level of concern for others’ well-being. We find that the spiritual actions we undertake which are motivated not by narrow self-interest but out of our concern for others actually benefit ourselves. And not only that, but they make our lives meaningful. At least this is my experience. Looking back over my life, I can say with full confidence that such things as the office of Dalai Lama, the political power it confers, even the comparative wealth it puts at my disposal, contribute not even a fraction to my feelings of happiness compared with the happiness I have felt on those occasions when I have been able to benefit others.
Does this proposition stand up to analysis? Is conduct inspired by the wish to help others the most effective way to bring about genuine happiness? Consider the following. We humans are social beings. We come into the world as the result of other’s actions. We survive here in dependence on others. Whether we like it or not, there is hardly a moment of our lives when we do not benefit from others’ activities. For this reason, it is hardly surprising that most of our happiness arises in the context of our relationships with others. Nor is it so remarkable that our greatest joy should come when we are motivated but concerns for others. But that is not all. We find that not only do altruistic actions bring about happiness, but they also lessen our experience of suffering. Here I am not suggesting that the individual whose actions are motivated by the wish to bring others’ happiness necessarily meets with less misfortune than the one who does not. Sickness, old age, and mishaps of one sort or another are the same for us all. But the sufferings which undermine our internal peace –anxiety, frustration, disappointment—are definitely less. In our concern for others, we worry less about ourselves. When we worry less about ourselves, the experience of our own suffering is less intense.
What does this tell us? Firstly, because our every action has a universal dimension, a potential impact on others’ happiness, ethic is necessary as a means to ensure that we do not harm others. Secondly, it tells us that genuine happiness consists in those spiritual qualities of love and compassion, patience, tolerance, forgiveness, humility and so on. It is these which provide happiness both for ourselves and for others.

Here was on pages 61-2 from Ethics for the new Millenium by His Holiness The Dalai Lama, Copyright 1999, at Riverhead Books, member of Penguin Putnam Inc. 375 Hudson Street, New York, NY 10014 ISBN 1-57322-025-6

jeudi 12 août 2010

sophistique freudienne

Je suis pleinement d'accord avec la démonstration, que je trouve sans faille, de "l'affabulation freudienne" produite par Michel Onfray, dans son livre Le crépuscule d'une idole (Éditions Grasset & Fasquelle, Paris 2010, 621p.). Ma seule critique: un peu long peut-être... mais il voulait se donner la peine d'insister, préciser les références et se rendre, sur le plan de la rigueur intellectuelle en tout cas, inattaquable.

Onfray démonte le complexe mécanisme, fonctionnant comme une machine de guerre idéologique, du verrouillage du dogme freudien digne d'une secte, par la vertu de la pensée magique:

Visite de l'arsenal. Un: toute opposition venant d'un individu non analysé est nulle et non avenue; deux : tout refoulement de l'analyse signale à coup sûr un névrosé, dont, de facto,le propos est invalide ; trois : toute critique de la psychanalyse repose sur une critique de Freud qui était juif, elle est donc toujours suspecte d'antisémitisme; quatre : toute critique émanant d'un tiers exclu du couple analyste/analysé est infondée; cinq: tout échec de la psychanalyse est imputable au patient, jamais au psychanalyste -- voir les résistance, le bénéfice de la maladie, l'échec à cause du succès, la névrose pouvant en cacher une autre : la viscosité de la libido, le tansfert négatif, la pulsion de mort, le masochisme, le désir de prouver sa propre supériorité à l'analyste; six : quand on a tout essayé pour justifier la discipline, on peut parfois envisager la fait que le psychanalyste ne soit pas encore assez psychanalyste...


La conclusion me semble claire: pour trouver les éléments d'une théorie sérieuse de la subjectivité, il faut s'intéresser à d'autres courants psychologiques que le dogmatisme opportuniste de Freud, conquistador qui a voulu gonfler sa névrose personnelle aux proportions d'une incontestable vérité universelle. Par exemple, clé de voûte, le soi-disant complexe d'Oedipe est son totem, et pas du tout notre tabou.

Enfonçant le clou, notre ami Michel Onfray termine cette quatrième section de son livre, section justement titrée "Thaumaturgie" par ce paragraphe assassin:

Avec ce genre de raisonnement, à tous les coups on gagne. Freud, la psychanalyse, les psychanalystes restent intouchables car la doctrine leur offre un statut d'extraterritorialité intellectuelle. Freud prend pour une offense personnelle toute remise en cause de la moindre de ses thèses. Comment pourrait-il en être autrement avec une personne ayant fait clairement savoir que sa vie se confondait à la psychanalyse, qu'elle s'y identifiait, qu'elle était son enfant, sa créature, sa création? Le docteur viennois prétendument débarrassé de sa psychonévrose fort grave (citation de Freud lui-même dans une lettre à Fliess, je précise, jp) en a fait un objet fusionnel. Ses disciples se prosternent depuis un siècle devant le même totem devenu tabou. Or la tâche du philosophe n'est pas de s'agenouiller devant les totems.


Oui, que dire de plus? Je vois que la statue, énorme, encombrante, au moins autant (mais en fait bien plus) que celle d'un dictateur local, doit être déboulonnée.

dimanche 28 février 2010

Pourquoi créer ? (suite)

Rappelons la question qui nous guide: Pourquoi créer? À cela, je réponds: pour faire corps avec ce qui est et pour éprouver une joie inexplicable dans cet acte même de faire corps. Il faut comprendre que "ce qui est" n'est pas figé, tout fait, mais en train de se faire, en processus incessant de métamorphose. C'est pur faire corps avec un tel processus que l'homme et la femme créent. Ils participent alors d'une puissance infiniment plus grande qu'eux, puissance de créer ne faisant qu'un avec la nature ou la réalité. Pourquoi une telle puissance est-elle? Pour reprendre la grande question métaphysique: "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?" En vérité, y a-t-il une autre réponse à cette question que celle fournie par les enfants lorsqu'on les pousse dans leurs derniers retranchements? Pourquoi? Parce que! Parce qu'il n'y a pas de réponse à une telle question, parce que celui qui tente d'y répondre ne se trouve pas au-sessus de la mêlée, parce que la question même émane de cette puissance de création et de métamorphose, l'acte de créer participant au mystère ou au caractère inexplicable de ce qui est. Peut-être est-ce le caractère inexplicable, gratuit de la création que pointe du doigt l'image anthropomorphique d'un Dieu créateur. Celui-ci n'a pas besoin de créer. Il n'y a aucune nécessité à la création, aucune raison, aucune cause. Elle a lieu avec la même gratuité, le même luxe qu'il y a l'univers, les galaxies, les étoiles, le soleil, la terre et tant de formes de vie. Tout ce qui apparaît gratuit, sans raison, tel un luxe, dans la création humaine s'inscrit dans la caractère gratuit, luxueux de cet il y a. Nous sommes souvent obnubilés par des questions du type: À quoi ça sert? À quoi ça sert, l'univers? À quoi ça sert,la vie? À quoi ça sert, l'être humain? N'y a-t-il pas quelque chose de gratuit dans tout ce qui est grand? Paradoxalemet, n'est-ce pas quand parce que la création participe à la gratuité de l'il y a qu'elle est si nécessaire, voire essentielle? N'est-ce pas parce qu'il y a cette gratuité dans la création qu'elle produit en nous cette joie inexplicable? Nous pourrions ne pas créer, ou nous pourrions créer sans le savoir, malgré nous pour ainsi dire, portés par la création universelle, mais le fait de nous inscrire corps et esprit dans le processus nous fait communier avec l'univers, avec la terre et avec l'humanité, nous faisant ainsi ressentir une joie gratuite et sans raison.


Cette longue citation tirée du livre de Pierre Bertrand, Pourquoi créer?, Éditions Liber, Montréal, 2009, pp. 67 à 70.

samedi 27 février 2010

Sur la création

Je m'en veux d'avoir longtemps négligé ce blog. J'étais occupé ailleurs. Maintenant je veux ici recopier des pages qui m'apparaissent éclairantes sur l'expérience existentielle de la création, comme désir et comme pratique, comme extase, enfin. Elles sont de Pierre Bertrand, professeur de philosophie au cegep Édouard-Montpetit à Longueuil, un ancien collègue qui enseigne depuis longtemps en cet endroit où j'avais fait mes études entre 1972 et 1974.

Déjà nietzschéen alors que j'étais encore marxiste, nous n'étions pas d'accord mais je dois reconnaître que cet écrivain et penseur a continué de progresser vers quelques questions essentielles. J'ai l'intention de traduire ces pages pour les rendre accessibles à des amis Chinois. Qui en ont bien besoin parce que la création n'est pas leur fort. Il faudra pourtant qu'ils s'y mettent !

POURQUOI CRÉER ?

L'acte de créer consiste à transformer ce qui est. Pourquoi chercher à modifier ou à transformer ce qui est? Parce que ce qui est laisse à désirer, plonge l'être humain dans une impasse, l'obligeant à dépasser la réalité, par conséquent à se dépasser lui-même. Pourquoi la confusion, la souffrance, le négatif, le chaos serviraient-il de matériau nécessaire à partir duquel peut s'enclencher l'acte de création? Simplement parce qu'ils font partie intégrante de la réalité et que rien ne peut se faire sans elle. En effet, la réalité contient toute la puissance ou toute l'énergie nécessaire à l'acte de créer. Cet acte ne consiste pas seulement à produire une oeuvre extérieure, qui pourra éventuellement être perçue et appréciée par d'autres, mais plus fondamentalement à se créer soi-même. L'acte de créer consistant à produire du nouveau, il implique nécessairement un dépassement de ce qui est et de ce que nous sommes. Le matériau brut, chaotique n'est pas seulement à l'extérieur de nous, dans la réalité ambiante, il se trouve également en nous, dans nos impasses intérieures, dans nos questions sans réponse, dans nos difficultés existentielles. S'il s'agit de transformer le chaos en cosmos, c'est aussi de notre propre chaos qu'il est question, chaos intérieur affectant nos relations aux autres, aux objets et au monde. L'acte de créer implique de nous dépasser nous-mêmes afin de faire advenir quelque chose de nouveau, mais nous ne pouvons nous dépasser qu'en partant de ce que nous sommes. Il faut nous empoigner la réalité telle qu'ele est, ce qui se passe autour de nous, ce qui nous traverse, ce qui nous constitue. Tel est le matériau de départ, tel est l'ennemi intime qu'il nous faut saisir à bras-le-corps afin de transformer son énergie destructrice en énergie créatrice. Le créateur s'enfonce dans ce qui est, loin de le fuir. C'est à partir de tout ce qui le sollicite, le provoque, le met au défi et à l'épreuve qu'il crée. Contrairement à ce que nous pourrions penser, ce n'est pas à partir de bonnes conditions, encore moins de conditions idéales, que l'on crée, mais plutôt en dépit de mauvaises conditions, envers et contre les obstacles et empêchements. Très souvent, nous faisons face à cette situation : nous voudrions créer, mais nous estimons que les conditions sont défavorables, qu'elles nous en empêchent. Mais si créer consiste à transformer le négatif en positif, n'est-ce pas dans les conditions négatives que l'acte de créer doit s'enclencher? N'est-ce pas justement de des conditions que cet acte tire son énergie? Si elles sont excellentes, pourquoi créer?
En réalité, jamais nous ne nous trouvons dans de telles conditions. Celles-ci laissent toujours à désirer. Et c'est précisément pour cela qu'eles sont propices à l'acte de créer. Puisque cet acte consiste à faire du positif avec du négatif, un cosmos avec le chaos, à créer de la joie à partir de la souffrance, à produire une ligne de libération au sein du piège ou de l'impasse, ce sera en dépit des circonstances et non à cause d'elles que l'acte de créer se produira. C'est quelque chose qu'il nous faut comprendre et presque toucher du doigt. Car nous sommes tous dans cette position d'attente: attendre que les conditions changent, que le miracle se produise, que les choses viennent à nous, que nous ayons au préalable réglé tel ou tel problème constitutif de nos vies. Or, c'est en plein milieu, sans crier gare, que la création s'effectue. Il n'y a pas de commencement à celle-ci, elle a toujours déjà commencé, comme la création de notre être a commencé sans nous, par le désir de nos parents, qu'elle s'est faite en partie pour ainsi dire en notre absence et que nous n'en sommes devenus conscients qu'en cours de route, au milieu du parcours. C'est au milieu de quelque chose qui n'est pas elle, qui même l'empêche et la nie, que la cération s'enclenche. Elle a toujours déjà commencé, ne fût-ce que comme création continuelle d'imprévisible nouveauté en quoi consiste la nature. Oui, la nature est déjà en train de créer, elle a toujours été en train de créer, créant l'homme même, et c'est en participant à cette nature ou à cette réalité que l'homme crée à son tour. Nous touchons ici du doigt l'un des plus puissants motifs de créer: faire corps avec la réalité.
En créant, l'homme se met au diapason de la réalité ou de la nature, cette dernière n'étant rien d'autre qu'un processus de création sans commencement ni fin. Pour créer, l'homme doit faire corps avec le matériau de départ, s'ouvrir à lui, ne faire qu'un avec lui. Tout commence par une étreinte, une empoignade, une prise à bras-le-corps. Le processus de créer, lui, est la continuation d'une telle étreinte ou d'une telle sensation de faire corps. L'oeuvre, au moment où s'effectue la création, n'est pas séparable de celui qui la crée. Les deux en réalités ne font qu'un. Pour nous éclairer, pensons à l'acte singulier de création qu'est la procréation. Toute la joie de la future mère ne consiste-t-elle pas à ne faire qu'un avec l'enfant qu'elle porte? Celui-ci fait partie d'elle-même, de son corps. Quelque chose se produit par-delà la procréatrice. C'est en cela que consiste la joie qui accompagne tout acte de création, ce sentiment de faire corps, de participer à un processus qui nous contient, bien plus que nous ne le maîtrisons, un processus dont nous faisons tous partie. Ici encore, il y a quelque chose à apprendre de l'acte de créer: si nous créons par-delà nous-même, quelque chose de plus grand que nous doit se passer. L'acte de créer ne peut pas simplement nous refléter, il doit puiser au contraire dans des sources secrètes, qui ne sont pas seulement les nôtres, qui traversent également les autres, le monde, la réalité ou la nature.

lundi 7 décembre 2009

Application

Des exemples psychologiques font entrevoir qu'une crainte exagérée ou phobique à l'égard du "devoir vivre" est liée, de façon générale, à des peurs souvent insupportables et relatives à l'expressivité corporelle, voire aux craintes de se mouvoir librement et de se révéler par des gestes. La raison d'un tel "comportement" est facile à comprendre sur la base de l'autoaffection originaire en sa manifestation phénoménologique esquissée. Car l'angoisse, comme sentiment fondamental de l'existence et de la vie, englobe, d'une part, les craintes qui ont pour objet les possibilités imprévisibles de mon être corporel, par exemple en tant que sexualité, et, d'autre part, cette même angoisse est l'expression essentielle ou ontologique de notre passibilité de naître dans la vie sans distance ou fuites possibles. C'est exactement cette dernière épreuve d'appréhender son Soi à nu, d'en faire l'expérience jusqu'au paroxysme de l'angoisse en son désespoir traumatisant qui définit l'autoaffection charnelle par laquelle je me "connais" comme un être vivant, mais sans protection derrière une image ou représentation ob-jectivantes. Ce qui vient d'être dit de l'angoisse est également vrai pour la joie et le bonheur en leur jouissance sans bornes, ce qui se trouve développé ailleurs. Car il s'agit à chaque fois d'une expérience qui se situe en-deçà d'une sensation ou d'un sentiment déterminé, comme Kierkegaard l'a bien vu du pathos du désespoir et du "saut par la foi" dans son Traité du Désespoir souvent repris par Michel Henry, et c'est la raison pour laquelle la corporéité charnelle ne peut jamais faire partie des objets qui se dessinent ou se projettent sur un horizon temporel d'objectivité intentionnelle. La corporéité est ainsi la modalité phénoménalisante originaire par laquelle la vie devient l'autoaffection ontologique d'un Moi individuel, ou mieux encore : la manière dont ce moi vivant est sa propre chair ipséisée, sans jamais pouvoir en former une idée adéquate par abstraction.
Il y a, par suite, deux traits essentiels qui caractérisent la structure phénoménalisante de l'auto-affection et qui forment une unité matérielle ou substantielle en procédant l'un de l'autre. La passibilité d'être lové à une vie inexorablement en tant que moi charnel se manifeste d'abord sur le plan de l'angoisse, puisqu'il s'agit, en cette situativité absolument radicale, d'un lien qui m'attache à la vie sans autre recours possible, et cela à cause de cette identité entre le Moi que je suis et la corporéité charnelle que je suis en même temps, à savoir en tant que moi singulier justement qui s'éprouve toujours d'une manière déterminée. Mais cette angoisse se transforme en joie qui est la totalité affective "corrélative" sur le plan transcendantal, lorsque les potentialités de la vie s'annoncent et s'affirment comme un pouvoir en croissance ou en expansion, ce que Spinoza a bien vu par le conatus comme puissance immanente relatant de la substance éternelle. Tous les autres affects, pulsions et sentiments s'édifient sur cette polarité, oscillations fondamentales et y reconduisent sans faille, car la souffrance, en tant que réceptivité pure de la vie, implique -- sans arrachement possible et avec une certitude absolue -- que cette vie reste une vie donnée et donnante qui se réjouit d'elle-même comme jouissance phénoménologiquement identique en toute sensation particulière.

vendredi 20 novembre 2009

La seconde naissance

In C'est moi la vérité -Pour une philosophie du christianisme, p. 192

Le christianisme se donne pour but explicite de permettre à l'homme d'assurer son salut. Selon ses intuitions décisives, ce salut consiste pour l'ego à retrouver dans sa propre vie la Vie absolue qui ne cesse de l'engendrer. Dans ce projet général sont impliquées deux démarches. Il s'agit d'abord pour l'ego/homme perdu dans le monde, ne se rpéoccupant que des choses et ne pensant à soi que dans ce rapport aux choses -- "Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses... " (Luc 10,11) --, de s'apercevoir au contraire dans sa condition véritable, celle d'un vivant qui ne tient cependant jamais de lui-même sa condition de vivant. L'homme véritable, on l'a assez montré, n'est pas l'individu empirique aperçu dans le monde, c'est le moi transcendantal qui s'éprouve constamment comme vivant, comme cet ego qui mène la vie qui est la sienne sans être jamais a source de cette vie. C'est pouruqoi iil l'éprouve précisément dans cette passivité radicale propre à toute vie qui ne s'apporte pas elle-même en soi. Vivre comme un moi transcendantal vivant, donné à soi dans une vie qui ne se donne pas elle-même à soi, mais qui est donnée à soi dans la donation à soi de la Vie absolue qui est celle de Dieu, telle est la définition chrétienne de l'homme, sa conditions de Fils. Cette condition de l'homme comme Fils est précisément ce qui permet son salut. Que l'homme fasse l'épreuve en lui de cette Vie absolue qui n'a ni commencement ni fin, qu'il coïncide avec elle, et lui non plus, il ne connaîtra pas la mort.