L'esthétique postmoderne est basée sur du vent, le vide en fait : l'incongruité. La publicité l'exige : il faut tapper dans l'oeil du spectateur. La vie mutilée saigne et nous montre ses plaies. Tout cela se déroule dans la poussière, sur fond de nuages glauques et le cri fait échos à l'étincelant reflet d'or qui crépite sur la poitrine gainée de cuir noir, qu'ébrèche le couteau enfoncé jusqu'à la garde : la femme sourit mais un filet de sang et de bave mélangées suinte d'entre ses lèvres pulpeuses.
Nous aurions aimé vivre l'envol de l'époque moderne sauf qu'il y a eu cet affreux détail des deux grandes guerre mondiales et cela fait aussi, exemplairement, partie du tableau. Comment nous nous sentons impliqués dans les choses, cela reflète le tableau le plus exact de ce que nous sommes : par le prisme primitif des émotions.
"Pluton semble m'être propice..." chante Didon lorsque désertée par Énée, fuyant son amour pour aller fonder les racines d'un empire éternel. Le grandiose opéra de Berlioz, "Les Troyens" est une production, ou objet culturel semblant conjurer d'avance la barbarie massive de ces tueries dont n'osaient même rêver de grands ingénieurs macabres.
Les orages d'acier du vieux Schleu (Ernst Jünger) répondent à cette appréhension, à peine inquiète, du vieux troupier qui a connu le terrain. Cette esthétique est annonciatrice de la défaite radicale du sujet --à tout le moins classique-- ou de la défaite du sujet radical... L'être humain étonne toujours par ses capacités d'adaptation... Certains préfèrent déjà prendre des pruneaux plein la gueule plutôt que du pinard.
Il y a une ivresse de la douleur, de la souffrance dans l'épreuve à côté de l'amour. Quel rapport avec l'impulsion guerrière ?
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mardi 2 juin 2009
lundi 23 mars 2009
désarroi
La réflexion sur le sujet post-moderne prend conscience de sa très grande fragilité. En fait, s'il existe encore et/ou si l'on peut encore prétendre en asseoir une représentation, établir une théorie ou explication de ses structures, on est amené à le qualifier de faible et inconstant, épisodique ou fluctuant, versatile mais sans point de repères et le plus souvent participant, pieds et poings liés, à un vaste procès sans sujet: le Capital, apparemment, étant la seule forme actuelle de grande totalité en action.
Je me suis longtemps répugné à l'admission de cette défaite du sujet que représente l'accès, je dirais plutôt la chute, à l'ère post-moderne. "Post-merde" m'écrivait un ami, Jean-Marc Lemelin (cf., par exemple, recherche google : "pragrammatique"), dans une lettre personnelle du début des années 90. Mais il a fallu se rendre à l'évidence, une confluance de forces, facteurs et événements ont précipité la conscience d'une perte généralisée de sens et de puissance dans le sentiment que chacun pouvait prendre de sa vie personnelle dans sa recherche d'autonomie mais aussi dans sa participation, volontaire mais aussi imposée et par défaut, aux vastes ensembles qui modèlent l'espace et les modalités de l'expérience.
Certains, réagissant à ce décor désolé, saisissaient l'occasion de nous présenter une nouvelle image de la liberté et proposaient les rebondissements d'un sujet en procès, virtuose et créatif, performant autant dans les domaines de l'action et de la séduction que dans celui de la pensée ou du moins du discours sinon de la théorie. Cette dynamique est assimilable aux noms de Philippe Sollers et Julia Kristeva, qui regroupaient une chouette équipe autour de la revue Tel Quel jusqu'à sa transformation en L'infini et le passage à un nouvel éditeur, des éditions du Seuil aux éditions Gallimard au début des années 1980.
Selon une conceptualité inspirée de la pensée nietzschéenne, il s'agit de la position du nihilisme actif qui est excellement illustrée ici. Force est de constater que le nihilisme devient pas mal plus passif chez un auteur plus tard venu encore, Michel Houellebecq, mais la part active est représentée par l'envol imaginaire qui verse régulièrement dans la science-fiction : la porte de sortie, le futur alternatif qui peut, à la rigueur, tenir lieu d'utopie.
Mais les figures de l'utopie, de l'imaginaire, de la science-fiction et ses futurs alternatifs, de toutes portes de sorties virtuelles, fuites dans l'imaginaire, dirait Sartre, et qui témoignent, dirait Fredric Jameson, de notre incapacité à imaginer des alternatives réalistes voire même des changements réels à notre condition apparemment sans espoir, tout cela en toutes ses variantes sont absolument nécessaire pour maintenir le potentiel à tout le moins disponible de la capacité d'invention d'une importance vitale pour faire face aux crises qui, de notre fait, nous pendent, collectivement et massivement, au bout du nez.
Y a-t-il d'autres voies à explorer, d'autres entreprises, de réforme ou de recherche, à développer pour regonfler à tout le moins le moral d'un sujet devenu, sur le plan pratique autant que sur le plan théorique, hautement problématique ? Appel à tous ! La question est au moins posée et toutes les suggestions, propositions, solutions?... sont bienvenue. Je vous écoute.
À bientôt, cher dinosaures... et quelques oiseaux qui nous observent ?! J'attends vos messages, foisonnant ! J'espère, mais je ne mets pas tous mes "oeufs" (de Pâques!) dans le même panier et je continuerai néanmoins ma réflexion.
Pour maintenant, meilleures salutations !
Je me suis longtemps répugné à l'admission de cette défaite du sujet que représente l'accès, je dirais plutôt la chute, à l'ère post-moderne. "Post-merde" m'écrivait un ami, Jean-Marc Lemelin (cf., par exemple, recherche google : "pragrammatique"), dans une lettre personnelle du début des années 90. Mais il a fallu se rendre à l'évidence, une confluance de forces, facteurs et événements ont précipité la conscience d'une perte généralisée de sens et de puissance dans le sentiment que chacun pouvait prendre de sa vie personnelle dans sa recherche d'autonomie mais aussi dans sa participation, volontaire mais aussi imposée et par défaut, aux vastes ensembles qui modèlent l'espace et les modalités de l'expérience.
Certains, réagissant à ce décor désolé, saisissaient l'occasion de nous présenter une nouvelle image de la liberté et proposaient les rebondissements d'un sujet en procès, virtuose et créatif, performant autant dans les domaines de l'action et de la séduction que dans celui de la pensée ou du moins du discours sinon de la théorie. Cette dynamique est assimilable aux noms de Philippe Sollers et Julia Kristeva, qui regroupaient une chouette équipe autour de la revue Tel Quel jusqu'à sa transformation en L'infini et le passage à un nouvel éditeur, des éditions du Seuil aux éditions Gallimard au début des années 1980.
Selon une conceptualité inspirée de la pensée nietzschéenne, il s'agit de la position du nihilisme actif qui est excellement illustrée ici. Force est de constater que le nihilisme devient pas mal plus passif chez un auteur plus tard venu encore, Michel Houellebecq, mais la part active est représentée par l'envol imaginaire qui verse régulièrement dans la science-fiction : la porte de sortie, le futur alternatif qui peut, à la rigueur, tenir lieu d'utopie.
Mais les figures de l'utopie, de l'imaginaire, de la science-fiction et ses futurs alternatifs, de toutes portes de sorties virtuelles, fuites dans l'imaginaire, dirait Sartre, et qui témoignent, dirait Fredric Jameson, de notre incapacité à imaginer des alternatives réalistes voire même des changements réels à notre condition apparemment sans espoir, tout cela en toutes ses variantes sont absolument nécessaire pour maintenir le potentiel à tout le moins disponible de la capacité d'invention d'une importance vitale pour faire face aux crises qui, de notre fait, nous pendent, collectivement et massivement, au bout du nez.
Y a-t-il d'autres voies à explorer, d'autres entreprises, de réforme ou de recherche, à développer pour regonfler à tout le moins le moral d'un sujet devenu, sur le plan pratique autant que sur le plan théorique, hautement problématique ? Appel à tous ! La question est au moins posée et toutes les suggestions, propositions, solutions?... sont bienvenue. Je vous écoute.
À bientôt, cher dinosaures... et quelques oiseaux qui nous observent ?! J'attends vos messages, foisonnant ! J'espère, mais je ne mets pas tous mes "oeufs" (de Pâques!) dans le même panier et je continuerai néanmoins ma réflexion.
Pour maintenant, meilleures salutations !
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